Par Nicole Pessin
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A comme Antoine (Saint) meubles,
Livres et disques vinyle à tous les étages.
B comme Beaubourg :
Son ventre est ouvert sur celui de Paris,
Son creux est un vacarme
C comme Conciergerie,
Irascible déesse aux grands yeux de fer et d'acier.
D comme Drouot,
Golf et enchères, Richelieu et Hugo.
E comme Etoile,
Lambeaux de chiffon autour d'un ruban de colle
F comme Front de Seine sur les ponts de Paris.
G comme Grands Boulevards
Où il y avait jadis tant de choses à voir.
H comme Halles
Qui ont quitté leur âme
Restée sur le carreau du temple inachevé.
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I comme Invalides
Toujours aussi fiers de leurs jambes de marbre.
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J comme Joconde,
Au Louvre son sourire nous mord.
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K comme Kléber qui abandonna Colombes
Pour faire le mariole jusqu'au triomphe de l'arc.
O comme Opéra,
Grande bouffe et chocolat
Et
Les petits rats que le vent chassera.
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P comme Pont Neuf
Au temps d'Henry IV comme aujourd'hui.
A dormi dans les beaux draps de Cristo.
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Q comme Quais des Fleurs,
Le temps ignoré à l'heure incertaine où la ville s'éveille.
T comme Tuileries
Sur sa grande roue les carpes des bassins
Vont faire un tour les soirs de brume.
U comme ursulines,
Noires soeurs,
Nos semblables venues au monde terrestre.
V comme la Villette
Où l'on tranchait le lard.
Farfouille et brocante à tous les étages
W comme Wagram,
Pourquoi à Paris contrairement à Londres,
Nos places ont des noms de victoires ?
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" X " comme Xavier,
Un Saint François digne de Loyola et du Japon
Sans oublier les Indes.
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Y comme le mYstère de la pYramide
Sans RAMSES au Louvre.
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Z comme Zadkine :
En bon fils de chronos demeura de marbre
Faisant le zouave où roucoulait la Seine.
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Les invalides ***
Arc de triomphe ***
Montmartre ***
La conciergerie *** |
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... ou les "Très riches heures" de Nicole Pessin
D'elle,
nous connaissions ses dentelles arachnéennes, ses mannequins étranges, ses montages hétéroclites dans lesquels fils et tissus s'entremêlaient... entre harmonie et chaos.
Aujourd'hui, le drapé s'est fait tracé... silencieux, attentif, aimant. Paris est apparu : elle l'a créé. Nous voici donc conviés, le temps d’une exposition sur la ville de Paris, à un voyage intemporel et singulier qui ne laisse pas indifférent. Singulier, parce que l’artiste s’est placée hors du temps, nous immergeant au sein d’une ville rassurante où l’histoire des hommes s’inscrit en filigrane, une histoire où nous ne sentons plus le souffle des terreurs et des fracas, où nous pouvons nous reposer, simplement contempler.... La richesse des couleurs passées, qui ont "pris cet air si bon des vieilles gens" ; la finesse des détails, la mélancolie des visages, tout cela porte inévitablement vers l’intériorité.
Nicole aurait-elle, tout comme Beaudelaire, "fermée partout portières et volets, pour bâtir dans la nuit ses féeriques palais" ? Néanmoins ne nous y trompons pas, cette artiste de talent a les pieds bien plantés dans notre temps ! A l’instar de Rastignac qui cria fougueusement : "À nous deux ", elle lance des défis. En témoigne cette rare liberté avec laquelle elle s’approprie l’architecture moderne, tant décriée à ses heures, faisant fi des codes picturaux. Ainsi, "B comme Beaubourg : -"son ventre est ouvert sur celui de Paris, son creux est un vacarme ", est traité à la manière des "Très riches heures du duc de Berry", ce qui ne manque pas d’audace on en conviendra sans peine. Dans le cadre du dessin, ce lieu de poésie, Jean-Paul Gavard-Perret, par touches légères, ponctue ces déambulations parisiennes de mystérieuses évocations : "E comme Etoile, lambeaux de chiffon autour d'un ruban de colle" … De fait, l’alphabet censé définir ce qui est, ouvre ici des perspectives inconnues jusqu’alors !
Présence, absence, rêverie.
L'oscillation fragile d'un instant s'efface.
Nicole ! Sommes-nous vraiment à Paris ? Celle ci de répondre : - « Qui n’a jamais vu l’éternel ciel d'automne bercer les pierres de son halo pervenche, n’a pas vu Paris ! »
Anna Walescka |
Petits cancans...