Les paperolles des religieuses

© Nicole Pessin 2007
Comment obtenir les grâces d'un saint plus sûrement qu'en honorant une relique de son corps? Les églises au Moyen Age œuvraient pour détenir des reliques de saints,
Ce qui amenait des pèlerins, et partant des subsides.
Les grands de ce monde eurent leurs propres reliques, présentées dans de belles pièces d'orfèvrerie.
Pour satisfaire la demande de nombreux fidèles les religieuses cloîtrées inventèrent une activité rémunératrice :
La fabrication de reliquaires domestiques à base de paperolles,
Ces petits papiers roulés, colorés, dorés sur tranche, frisottés
Et
Artistiquement arrangés autour de la relique ou de l'objet de piété
Pour imiter l'orfèvrerie, la ferronnerie et le bois sculpté.
Et elles firent des merveilles.
Ces reliquaires, ont parfois été sauvés des poubelles à l'époque où ils n'intéressaient personne. Il y a dans chacun un élément central :
Un fragment d'os de saint,
Parfois réduit en poudre et inclus dans une "pâte de relique",
Une image pieuse ou une statuette.
Parfois encore un morceau de tissu, une pierre d'un lieu saint authentifiée par un évêque.
Tout autour, pour le mettre en valeur, l'art décoratif atteint des sommets de finesse.
Le papier, utilisé en bandes plus ou moins larges et roulé sur lui-même,
Prend tout son relief grâce à sa tranche dorée.
En collant ces paperolles les uns aux autres sur fond de velours ou de soie
Les religieuses créaient des colonnades, des fleurs et des fruits, des volutes exubérantes,
en y mêlant parfois des pierres semi-précieuses, des coquillages, des fils d'or ou d'argent, obtenant des petits retables de poche qui imitent les magnificences célestes de l'âge baroque.
Livrés à l'imagination des sœurs dans le silence de leurs cellules un peu partout en France
Ces reliquaires foisonnants et dorés
Étaient tout le contraire du dépouillement de leur lieu de vie
et
Demandaient chacun des milliers d'heures de bel ouvrage.
D'après l'écrit de Martine Gayot
Petits cancans...