Par Nicole Pessin
...
Le mariage a été pour moi
un port aux eaux calmes et sûres,
non pas celui où l'on s'accroche d'un anneau à la rive
au risque de s'y rouiller éternellement,
mais une de ces anses bleues
où l'on répare les voiles et les mâts
pour des excursions nouvelles aux pays inconnus.
La légende du pot fêlé
Une vieille dame chinoise possédait deux grands pots, chacun suspendu au bout d’une perche qu’elle transportait, appuyée derrière son cou. Un des pots était fêlé alors que l’autre pot était en parfait état et rapportait toujours sa pleine ration d’eau.
A la fin de la longue marche du ruisseau vers la maison, le pot fêlé, lui n’était plus qu’à moitié rempli d’eau. Tout ceci se déroula quotidiennement pendant 2 années complètes alors que la vieille dame ne rapportait chez elle qu’un pot et demi d’eau.
Bien sûr, le pot intact était très fier de ce qu’il accomplissait mais le pauvre pot fêlé avait honte de ses propres imperfections. Le pot fêlé se sentait triste car il ne pouvait faire que la moitié du travail pour lequel il avait été créé.
Après deux années de ce qu’il percevait comme un échec, il s’adressa un jour à la vieille dame alors qu’ils étaient près du ruisseau.
- J’ai honte de moi-même parce que la fêlure sur mon côté laisse l’eau s’échapper tout le long du chemin lors du retour vers la maison.
La vieille dame sourit :
-As-tu remarqué qu’il y a des fleurs sur ton côté du chemin et qu’il n’y en a pas de l’autre côté ? J’ai toujours su à propos de ta fêlure, donc j’ai semé des graines de fleurs de ton côté du chemin et, chaque jour, lors du retour à la maison, tu les arrosais… pendant 2 ans, j’ai pu ainsi cueillir de superbes fleurs pour décorer la table. Sans toi, étant simplement ce que tu es, il n’aurait pu y avoir cette beauté pour agrémenter la nature et la maison...
C’est un monde enchanteur,
dans lequel Nicole Pessin nous entraîne.
Les tours de ses châteaux, hautes et fuselées,
projettent dans des cieux mordorés
leurs élans chevaleresques.
Il arrive aussi que des portes s’entrouvrent
sur des arbres sans feuilles,
décrivant l’hiver permanent.
Ses villages, stratifiés ou contenus à l’intérieur du trait,
émettent des lumières aux fenêtres,
nous invitant.
Dans le crépuscule des campagnes,
des anges et des femmes aux couleurs chaudes et vétustes,
surgissent du passé :
d’un temps si ancien
qu’il n’est accostable que dans les rêves.
Présents dans l’univers merveilleux de l’artiste :
les animaux.
On devinera qu’elle les aime...
Dans une contemporalité parfois préoccupante,
les temps anciens offrent ainsi un refuge.
Suspendu au charme des chromos,
le regard vacillera de tant d’ingénuité.
Tout,
dans ces compositions,
induit un apaisement de l’âme
et
ôte au visiteur la volonté de combattre en ce monde.
Le propulsant dans une dimension cosmique
que l’artiste symbolise par des ronds noirs,
kyrielle planétaire
dont la réorganisation spatiale lui appartient.
Ces planètes à l’encre de Chine,
c’est en fait pour offrir à l’œuvre
une saveur de futur antérieur.
Et quand les formes des damiers oscillent,
quand en lisière de la folie
le cerveau déploie des facultés étranges
qui évoquent l’échiquier improvisé décrit
par Stefan Zweig,
nous jetons l’ancre en Pessinie.
Chez Nicole Pessin ,
les rayons de l’esprit
produisent en effet une grande force régénératrice.
Pris au piège délicieux de l’envoûtement vespéral,
on a envie de rejoindre Merlin…

© 2006 Nicole Pessin
© 2006 Nicole Pessin
Petits cancans...